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Juillet 99, Il faut un début. Sarrêter et commencer à partir dun fait, dun détail. Cest à propos dune ballade. Jai pensé à La ballade des gens heureux que chante encore Gérard Lenormand. Cest le titre qui mest venu à lesprit. Je ne me souviens que du refrain. Je lai vaguement chantonné pour voir si le reste pouvait me revenir. Rien. Je ne lai jamais su. Tu connais La ballade des gens heureux ? Il entame le refrain. Ca parle de quoi ? Personne nen sait rien et puis tout le monde sen fout. Ballade avec deux l. Jai cherché dans le dictionnaire en quête dune inspiration plus prometteuse : Chanson qui accompagnait certaines danses au Moyen-Age...Poême de forme libre...Pièces vocales ou instrumentales... Rien sur la promenade en forêt ou en famille. Cette balade-là ne prend quun l, je ne le savais pas. Cette découverte mobligea à reconsidérer la chanson de Gérard Lenormand que jimaginais jusqualors comme un hymne à la promenade. Le problème nétait plus tant de savoir ce que sa (balad) racontait, mais simplement comment elle sécrivait. Ce qui pouvait remettre en cause lintérêt que je lui portais. Je le vérifiai plus tard : deux l, elle ne mintéressait plus. Je marchais mécaniquement, sans destination déterminée. Je jurais dans le vide après tout le monde, sans que personne ne mentende vraiment. Quest-ce que je vais faire? Rien, attendre que ça passe, cest ce quil y a de plus facile. Jai marché pour ne pas rester sur place. Le bonheur est une addition de petits bonheurs. Je tombe sur cette phrase collée derrière une vitre en plein milieu du trottoir. Une jolie femme sourit. Elle semble convaincue et minvite à suivre sa recette : Il suffit de faire les soldes aux Galeries Lafayette. Pauvre conne! Je nai pas deux francs en poche et quand bien même je les aurais, ce nest pas un tee-shirt et une lampe de chevet bon marché qui me rendront le sourire aujourdhui. Pourtant, bien que cette publicité mait inspiré davantage le dégoût plutôt quune vulgaire stimulation sensée déclencher lacte dachat, je la lu subitement comme un message réconfortant. Je réalisais que mon humeur nétait que le résultat dune addition de petits malheurs. Un moindre mal en somme. Il faut que jécrive sur la balade. Le moment semble tellement inopportun que jai limpression dêtre justement bien placé pour en parler. On les reconnait tout de suite les gens qui se baladent. Ils marchent doucement, les doigts mêlés, en dodelinant leurs têtes aimables avec le même sourire plein de béatitude pour lenfant dans la poussette que pour le couple de pigeons boiteux qui se fait la cour. Ils ne se rendent nulle part. Cest içi que ça se passe. La forêt nest pas nécessaire, le boulevard fait bien laffaire pourvu quil soit au soleil. Cest facile de réussir une balade, une bonne balade. Il suffit dêtre heureux et de marcher. Je marchais sur ce même boulevard, les sourcils froncés, les oreilles irritées par les coups de klaxon inutiles et avec dans la tête, la phrase du banquier qui mavait miné pour la journée : je comprends bien, mais je ne peux rien faire. Jaurais bien piétiné quelques pigeons innocents; ceux qui picorent le pain sec que leur donnent les grands-mères trop méchantes pour avoir dautres amis que ces oiseaux miteux. Je nétais pas seulement désespéré, jétais furieux et je comptais bien le faire savoir à tout le monde. Ceux qui se baladent ne se gênent pas pour sourire, alors je nallais pas chercher à dissimuler ma tête de con. Au contraire. Que celui qui me croise sapitoie et sache que je suis une victime en colère. Sa compassion ne mapaisera pas. Quil sattende même à recevoir un vilain regard si par mégarde il mévoque une de ces ordures qui me remontent à lesprit périodiquement. Jai marché, le temps de diluer cet état. Nimporte quel boulevard ferait aussi laffaire, même sans soleil, surtout sans soleil. Jai pris à droite, vers la Seine. Jaime bien la Seine, elle convient à toutes mes humeurs. En men approchant, je me suis demandé ce que jirais faire de lautre côté. Les voitures se sont arrêtées; les gens ont traversé, lair pressé, ils allaient quelque part. Je ne suis pas allé sur lautre rive, le trottoir den face me suffisait, je voulais simplement regarder leau se déplacer. Il était 15 heures, au beau milieu de la semaine, un sourire ma échappé. © Christophe Lucien
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